ODETTA (1925 - 1936)

Après être restées relativement à l'écart de l'art nouveau, il eût été navrant pour les faïenceries de Quimper d'ignorer le souffle  primitiviste qui infiltrait tous les domaines artistiques. Le primitivisme trouvait dans l'âme et la tradition bretonnes une juste résonance. Les origines celtiques des Bretons se sont toujours signalées dans leur art par des signes décoratifs dont la géométrie ésotérique n'est pas sans rappeler celle que l'on trouve dans les arts africains et océaniens. Déjà dépositaires, donc, de leur primitivisme "local", les Quimpérois n'eurent qu'à  se laisser flotter sur le courant que la mode suscitait, et puiser à leurs propres sources plutôt que de s'inscrire dans un courant venu d'ailleurs. Plus qu'une force inspiratrice, le primitivisme devenait donc ici le révélateur d'un art régionaliste latent, et les oeuvres qui allaient en naître ne pouvaient alors que conserver cette identité totalement bretonne et significative.

C'est la maison HB qui eut le génie d'entreprendre ce déploiement. Elle choisit comme support le grès, matériau d'arts anciens, ennobli au grand feu. Avec recherche et travail, la matière allait être savamment émaillée en des couleurs sombres de gris et bleus, opposées à la douceur de verts céladon, de blancs ivoire, ou encore à la lumineuse brillance d'ors. Ces teintes, agencées en des aplats contrastés et géométriques, sont parfois cloisonnés au trait d'or, et avec une qualité de finition bien conforme au principe de l'art déco. Pour différencier ces oeuvres de la production classique habituelle, elles furent produites à partir de 1926 sous la marque ODETTA (Ateliers de l'ODET). Beaucoup de faïenceries avaient alors recours à l'utilisation de marques annexes pour ne pas brusquer une clientèle conservatrice que la nouveauté des décors abstraits aurait pu choquer.

La marque ODETTA eut sa propre direction artistique qui, pour garantir la qualité dans la diversité, fit appel à des artistes dont certains étaient déjà connus. Bretons pour la plupart, ils furent fidèles à la tradition tout en sachant l'infléchir de leur talent et faire de leurs oeuvres les ponts nécessaire entre l'individualisme et l'universel. Parmi beaucoup d'autres, citons ici Georges Brisson, Alphonse Chanteau, Louis Garin, René Olichon, Georges Renaud, Paul Fouillen, Abadie Landel... Le toulousain René Beauclair semble avoir été le décorateur le plus fécond d'ODETTA. Cet artiste était déjà connu pour des papiers peints caractéristiques de l'art nouveau, pour des créations de bijoux, de meubles, fers forgés et peintures. Sa compréhension du primitivisme celtique était-elle liée à ses origines occitanes ? Toujours est-il qu'il porta le grès breton à un très haut niveau d'abstraction et de beauté.

Les décors géométriques qui caractérisent les grès ODETTA sont toujours en alliance harmonieuse avec les éléments figuratifs bretons que l'on peut encore y trouver : personnages, bateaux, coquillages, dolmens...

La forme des vases, dérivées de leurs fonctions primitives de contenance, privilégient la capacité volumique au détriment des lignes élancées peu fonctionnelles ; le vase art déco est donc souvent trapu, à l'allure débonnaire et pansue, ou encore aux architectures anguleuses issues du cubisme. Alors que les arêtes des uns épousent naturellement la géométrie du dessin abstrait, la rondeur des autres s'offrent volontiers à la répétition circulaire et continue des décors. En plus de Sévellec déjà mentionné, Louis Garin nous a laissé dans ce genre des pièces incomparables.

Si parfaitement inscrit dans son époque et si imprégné de l'esprit du temps, le style ODETTA connut un grand succès et se situa au tout premier plan de l'art déco ; à l'exposition de 1925, l'ensemble des grès HB reçut encore un Grand Prix. Pourtant la durée de vie d'ODETTA fut brève  puisque la marque fut arrêtée en 1936.